Bella Bellow : le destin tragique d’une diva méconnue

Entre 1960 et 1970, la blueswoman togolaise Bella Bellow a rencontré un succès immense, fulgurant mais de courte durée. À seulement 25 ans, la chanteuse foule les scènes du monde (de l’Olympia au stade Maracana) et éclabousse de son talent naturel les publics athéniens, berlinois, ou yougoslaves. Sa voix, sa prestance et sa propension à magnifier les chants traditionnels du Togo feront d’elle une véritable vedette… son visage sera même imprimé sur des billets de banque.

Georgette Nafiatou Adjoavi Bellow, s’est imposée comme la plus grande star togolaise entre 1960 et 1970. Née le 1er janvier 1945 à Tsévié, au nord de Lomé, la capitale du Togo, elle est l’aînée d’une famille de sept enfants. Très vite, elle s’évade vers  la capitale du Pays des éléphants, Abidjan, en Côte d’Ivoire, et suit une formation de secrétaire. Certes, le lien avec la musique est loin d’être établi mais la ferveur boue en elle… Elle prend donc des cours de solfège et de chant à l’école des Beaux Arts d’Abidjan.

Sociétaire prometteuse, un de ses professeurs la présente à Gérard Akueson, grand promoteur de la musique africaine. Son timbre, son charisme et son sourire tapent dans l’œil de l’homme qui la pousse alors à conquérir la scène avec un alias : Bella Bellow.

Elle monte pour la première fois sur scène en 1965 pour participer aux célébrations de l’indépendance du Bénin, jusqu’alors aux mains de l’Etat français, qui ont lieu à Cotonou, la capitale du pays. Un an plus tard, à l’âge de 20 ans, elle représente le Togo et porte haut et fière les traditions de son pays au premier Festival mondial des arts nègres de Dakar au Sénégal (1966). Là-bas, elle y rencontre Manu Dibango, le célèbre saxophoniste camerounais…

Comme une force irrépressible, l’engouement pour l’artiste se pérennise. Sa présence est évidente, inévitable. Sa recette ? Des reprises d’airs traditionnels togolais, avec un  charisme personnel et une profondeur émotionnelle. Elle invite à la douceur, à la candeur et fait frissonner les peaux de la foule. Gérard Akueson l’a conseillé en lui balisant alors les voix du succès, et rassemble une équipe de musiciens expérimentés autour de la jeune chanteuse : Slim Pezzin à la guitare, Jeannot Madingué à la basse, Ben’s à la batterie et Manu Dibango au clavier et à l’arrangement.

Bella Below poursuit son épopée et se rend à Paris où elle enregistre Rockia en 1969, son premier album… le succès est immédiat. Cette même année, L’Olympia lui réserve un accueil triomphal lors de la Nuit de la fraternité en hommage à Martin Luther King. Surnommée la Blueswoman d’Afrique – car ses rythmes s’inspirent de la complainte du folklore afro-américain, née dans le sud des États-Unis –  Bella Bellow est réclamée partout : là voilà au Brésil, au Stade Maracana, aux Antilles, à Athènes, à Split (ex-Yougoslavie) et à Berlin.

Cette même année, elle rencontre la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba à l’occasion du festival panafricain d’Alger. C’est une des ses inspiratrices puisqu’elle est le symbole des luttes contre la ségrégation raciale et pour l’émancipation de l’Afrique. En 1963, Makeba avait en effet demandé aux Etats représentés de faire pression contre la politique d’apartheid sud-africaine.

Après avoir créé son propre groupe, Gabada (1972) et s’être octroyé une petite pause, loin de la mer agitée des projecteurs, la  chanteuse prépare une tournée internationale. En 1973, avant de partir pour la première fois en tournée aux Etats-Unis avec Manu Dibango – qui venait tout juste de changer de statut grâce au succès international de Soul Makossa passant de l’organiste de Nino Ferrer au saxophoniste maître de l’afro funk –  Bella Bellow trouve la mort. Sa Ford Capris se renverse. Le Togo est en deuil. Peu après, elle est immortalisée sur les billets de 10 000 francs CFA.

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