Adavia Davis : comment ce jeune créateur gagne des dizaines de milliers de dollars grâce aux vidéos IA « sans visage »

Adavia Davis comment ce jeune créateur gagne des dizaines de milliers de dollars grâce aux vidéos IA « sans visage »

L’internet moderne ne cherche plus vraiment à cap­ter l’attention, mais plutôt à l’occuper en continu. Une réalité que Adavia Davis, 22 ans, a comprise avant beaucoup d’autres. Depuis qu’il a quitté l’université du Mississippi en 2020, le jeune Américain a bâti un business florissant de création de contenus automatisés, reposant sur ce que l’on appelle désormais le « AI slop » : un flot massif de vidéos générées par intelligence artificielle, conçues pour remplir les interstices de l’économie de l’attention.

Contrairement aux créateurs traditionnels, les vidéos les plus rentables de Davis ne sont pas faites pour être regardées activement. Elles ne sont ni partagées ni mémorisées. Souvent, comme il l’explique au magazine Fortune, les spectateurs dorment pendant leur diffusion.

Un empire YouTube automatisé et presque autonome

Davis a mis en place un réseau tentaculaire de chaînes YouTube, fonctionnant comme un moteur de revenus quasi autonome. Deux heures de supervision quotidienne lui suffisent. Il gère actuellement cinq chaînes actives, mais son portefeuille inclut aussi :

  • des chaînes Minecraft destinées aux enfants,

  • des compilations d’animaux amusants,

  • des vidéos de canulars,

  • des montages d’anime,

  • des extraits Bollywood,

  • des chaînes de potins sur les célébrités.

La plus lucrative reste une chaîne baptisée Boring History, proposant des documentaires historiques de six heures conçus pour s’endormir, narrés par une voix rappelant celle de David Attenborough.

Ces contenus appartiennent à une catégorie désormais dominante sur YouTube : le contenu “faceless” (sans visage), pensé pour être scalable, reproductible et industrialisé.

Une chaîne de production 100 % intelligence artificielle

La quasi-totalité des vidéos de Davis est produite par IA, via TubeGen, un logiciel propriétaire conçu par son associé Eddie Eizner.
Le processus est entièrement automatisé :

  • scripts et visuels générés par Claude,

  • narration vocale assurée par ElevenLabs,

  • assemblage en vidéos longues de plusieurs heures.

Coût de production : environ 60 $ par vidéo
Durée : jusqu’à 6 heures de diffusion continue

Jusqu’à 60 000 $ par mois, avec des marges record

Selon Davis, son réseau génère entre 40 000 et 60 000 $ de revenus mensuels.
Ses coûts opérationnels — essentiellement de petites équipes salariées par niche — s’élèvent à environ 6 500 $ par mois.

Marge bénéficiaire : entre 85 % et 89 %, un niveau exceptionnel, même dans la tech.

Des documents consultés par Fortune montrent que certaines chaînes engrangent des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars par mois, pour un chiffre d’affaires annuel estimé à 700 000 $.

Comment il a « hacké » l’économie de l’attention

Enfant, Davis a grandi sur YouTube à son âge d’or. À 10 ans, il passait déjà six heures par jour à monter des vidéos de gameplay. Mais tout a changé avec l’arrivée de ChatGPT en 2022.

« L’ère de la marque personnelle a été remplacée par celle des fermes de contenu à grande échelle », explique-t-il.

Face à des concurrents publiant plus vite que lui, l’automatisation est devenue une nécessité. Il vend même certaines de ses chaînes à des marques — souvent peu rentables pour les acheteurs, selon lui.

Après avoir vendu sa première chaîne, il s’offre une Tesla Model 3 à 55 000 $, épuisant ses économies… et l’obligeant à quitter l’université.

Le temps de visionnage, métrique reine des plateformes

Davis optimise une chose avant tout : le watch time.
Parmi ses techniques :

  • un hook ultra-travaillé dans les premières secondes,

  • des couleurs contrastées,

  • des expressions ou intonations calculées,

  • des fautes volontaires dans les textes pour inciter aux commentaires,

  • parfois même des images furtives choquantes pour forcer le spectateur à revenir en arrière.

« Je fais tout pour tromper le temps de visionnage. C’est ça qui paie. »

L’IA envahit YouTube… mais pour combien de temps ?

Selon une étude de Kapwing, plus de 20 % des vidéos proposées aux nouveaux utilisateurs sont du contenu IA de faible qualité.
Ces chaînes cumuleraient :

  • 63 milliards de vues,

  • 221 millions d’abonnés,

  • environ 117 millions de dollars de revenus publicitaires annuels.

Malgré cela, Davis reste pessimiste : il estime que les créateurs indépendants n’ont que jusqu’en 2027 pour réellement profiter de ce modèle.

« Ensuite, les requins arriveront », prévient-il, évoquant les grands groupes médias capables d’industrialiser n’importe quel format rentable.

Le retour inévitable de l’authenticité ?

Paradoxalement, Davis espère que ce type de contenu deviendra un jour inutile. À mesure que l’IA inonde le web, l’authenticité pourrait redevenir une denrée rare — et donc précieuse.

Il observe déjà une montée en puissance de créateurs misant sur le réel, peu monté, sans artifices algorithmiques, sur des plateformes comme TikTok, Instagram ou Snapchat.

« Ça va empirer avant de s’améliorer. Mais la vraie longévité viendra des marques et des influenceurs réels, avec de vrais visages. »


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