Le Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan a rendu son verdict ce mardi dans l’affaire de blanchiment de capitaux impliquant l’influenceur Stéphane Agbré, alias Apoutchou National, et son coaccusé Léonel Akobé, alias Lionnel PCS.
Le tribunal a condamné Apoutchou National à trois ans d’emprisonnement ferme et à une amende de 264 millions de FCFA. Lionnel PCS a écopé d’une peine plus lourde : cinq ans de prison ferme et la même amende de 264 millions de FCFA.
Contexte de l’affaire
L’affaire remonte au mois de novembre 2024. Apoutchou National avait publié une vidéo virale sur les réseaux sociaux dans laquelle il exhibait d’importantes liasses de billets de banque, souvent présentées dans un sac de luxe. Ces images avaient suscité une vive polémique et attiré l’attention des autorités.
Interpellé le 12 novembre 2024 avec plusieurs complices présumés, l’influenceur a été déféré au parquet du Pôle pénal économique et financier. Les investigations ont été ouvertes pour blanchiment de capitaux, infractions financières, prises de paris illicites en ligne et transferts de fonds non autorisés, en application de la loi n°2023-875 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Réquisitions du parquet et délibérations
Le 24 mars 2026, le ministère public avait requis des peines lourdes : sept ans de prison ferme et 240 millions de FCFA d’amende contre Apoutchou National, Lionnel PCS et d’autres co-prévenus. Un opérateur économique impliqué risquait quant à lui 36 mois de prison et des sanctions financières supplémentaires pour sa société.
La défense avait contesté plusieurs éléments de l’accusation et plaidé des circonstances atténuantes. Après plusieurs renvois (le verdict était initialement attendu plus tôt), le tribunal a prononcé ce mardi une condamnation en première instance, avec des peines inférieures aux réquisitions du parquet mais tout de même significatives.
Portée symbolique
Ce jugement intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire est placée sur la liste grise du GAFI (Groupe d’action financière) depuis octobre 2024, en raison de défaillances dans la lutte contre le blanchiment. Les autorités ivoiriennes entendent envoyer un message fort contre les démonstrations ostentatoires de richesse sur les réseaux sociaux, particulièrement dans le milieu des influenceurs et des personnalités publiques.
De nombreux observateurs y voient un signal clair : la notoriété ou le statut d’influenceur ne protège pas des poursuites en matière financière.
L’affaire continue de susciter de vifs débats sur les réseaux sociaux. Les condamnés disposent du droit de faire appel de cette décision.