Le mardi 3 novembre 2026, la société australienne Resolute Mining a franchi une étape importante dans le développement de son projet aurifère de Doropo, situé dans la région du Bounkani, au nord-est de la Côte d’Ivoire. L’entreprise a officialisé des conventions de financement avec un consortium de sept établissements bancaires implantés dans le pays.
L’accord porte sur une enveloppe globale de 148 milliards de FCFA, soit environ 253 à 260 millions de dollars selon les taux de conversion et les communications retenues. Les établissements concernés sont la Banque nationale d’investissement (BNI), Bank of Africa (BOA), BGFI Bank, AFG Bank, NSIA Banque, Bridge Bank et la Banque de l’Union (BDU).
Cette mobilisation représente près de la moitié du budget initial de construction de la mine, évalué à 516 millions de dollars. Pour compléter le financement, Resolute Mining prévoit également de s’appuyer sur ses ressources financières disponibles et les liquidités générées par ses autres activités minières.
Au-delà de son importance financière, cette opération constitue un signal positif pour le système bancaire ivoirien. Elle démontre que plusieurs établissements peuvent unir leurs capacités pour accompagner un investissement industriel de grande envergure, traditionnellement financé par des groupes internationaux et des institutions spécialisées.
Selon les informations publiées à l’occasion de la signature, la première production d’or de Doropo est attendue au premier semestre 2028. Le projet devrait également générer des emplois pendant la construction et l’exploitation, tout en créant des opportunités pour les entreprises locales de sous-traitance.
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Une industrie aurifère en pleine expansion
L’engagement des banques intervient dans un contexte de croissance soutenue de la production aurifère ivoirienne. En une décennie, le pays a considérablement renforcé ses capacités d’extraction, devenant progressivement une destination importante pour les investissements miniers en Afrique de l’Ouest.
Les données gouvernementales montrent que la production nationale est passée de 23,54 tonnes en 2015 à 59,124 tonnes en 2024. En 2025, elle a atteint 59,33 tonnes, selon les chiffres communiqués par les autorités minières à Reuters.
Cette progression s’explique notamment par l’ouverture de nouvelles mines, l’extension de sites existants, l’intensification des activités d’exploration et l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour le potentiel géologique du pays.
Les autorités ivoiriennes souhaitent désormais franchir un nouveau cap. L’objectif est de porter la production nationale à 100 tonnes d’or par an d’ici 2035, ce qui nécessitera la mise en exploitation de nouveaux gisements et des investissements supplémentaires dans les infrastructures minières.
Plusieurs projets sont ainsi appelés à jouer un rôle déterminant dans cette stratégie. Parmi eux figurent Doropo, Assafou, Boundiali et Afema, auxquels s’ajoute la nouvelle mine de Koné, dont la première coulée d’or a été réalisée en septembre 2026.
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Koné, Assafou, Boundiali et Afema : les autres projets qui vont renforcer la production
La mine de Doropo n’est pas le seul investissement susceptible de transformer le paysage aurifère ivoirien. Plusieurs autres projets sont en cours de développement et pourraient augmenter considérablement les volumes d’or extraits au cours des prochaines années.
- Koné : une nouvelle mine déjà entrée en production
Opérateur : Montage Gold – Canada
Montage Gold Continues to Rapidly Advance Its Koné Project
Le projet aurifère Koné, développé par la société canadienne Montage Gold, représente l’un des investissements majeurs de cette nouvelle génération de mines ivoiriennes.
Le 26 septembre 2026, l’entreprise a annoncé avoir réalisé sa première coulée d’or, avec une production initiale d’environ 1 140 onces. Cette étape a été atteinte avant le calendrier initialement prévu, alors que la construction avait commencé en décembre 2024.
Pour financer ce projet, Montage Gold avait notamment conclu, en octobre 2024, un accord de 825 millions de dollars avec deux partenaires internationaux : Wheaton Precious Metals, à hauteur de 700 millions de dollars, et Zijin Mining, pour 125 millions de dollars. Ces financements reposent notamment sur des mécanismes de streaming aurifère et des prêts garantis.
En avril 2026, le groupe a également obtenu une facilité de crédit de 31,5 milliards FCFA auprès d’AFG Holding, destinée à soutenir le développement, l’exploration et les besoins financiers du projet.
Cet exemple illustre la complémentarité entre les financements internationaux et les concours bancaires mobilisés auprès d’établissements présents sur le marché ivoirien.
Nasdaq+1
- Assafou : un investissement de plus d’un milliard de dollars
Opérateur : Endeavour Mining – Canada
Le projet Assafou, porté par Endeavour Mining, figure également parmi les futurs moteurs de la croissance aurifère ivoirienne.
Situé sur le permis de Tanda-Iguela, ce gisement présente un potentiel particulièrement important. L’étude de faisabilité définitive publiée en avril 2026 prévoit un investissement initial d’environ 1,061 milliard de dollars.
Selon les projections de l’entreprise, la future exploitation pourrait produire en moyenne 320 000 onces d’or par an durant ses huit premières années, avec une durée de vie minière estimée à 16 ans.
Endeavour Mining a engagé des travaux préparatoires, notamment l’ingénierie, les études techniques, les commandes d’équipements à long délai de livraison et les procédures nécessaires à la construction.
La décision finale d’investissement était visée avant la fin de 2026, avant une période de construction estimée entre 24 et 30 mois.
Pour financer cette infrastructure, le groupe entend principalement s’appuyer sur les liquidités générées par ses activités existantes. Sa capacité à mobiliser des financements complémentaires pourrait également jouer un rôle dans la réalisation du projet.
Endeavour Mining plc (LSE: EDV/TSX: EDV)+1
- Boundiali : un projet nécessitant plus de 340 millions de dollars
Opérateur : Aurum Resources – Australie
Aurum Resources unlocks deeper gold 220m below existing West African resource
Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le projet Boundiali, développé par la société australienne Aurum Resources, constitue un autre levier de développement pour l’industrie aurifère.
Les besoins financiers du projet sont estimés à environ 342,3 millions de dollars pour couvrir les dépenses nécessaires à sa mise en production.
Pour réunir les ressources indispensables, l’entreprise envisage notamment de recourir à une dette senior auprès de banques commerciales et d’institutions financières de développement, aussi bien africaines qu’internationales.
Ce choix pourrait ouvrir de nouvelles possibilités de participation aux établissements bancaires présents en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
L’évolution de Boundiali sera donc particulièrement intéressante à suivre, notamment concernant la répartition entre les financements bancaires, les ressources propres de l’opérateur et les éventuels apports d’investisseurs extérieurs.
FinancialFilings
- Afema : une nouvelle opportunité pour l’exploitation aurifère
Opérateur : Turaco Gold – Australie
Turaco firms up Cote D’Ivoire asset, resource boost imminent
Le projet Afema, situé dans le sud-est ivoirien et développé par Turaco Gold, complète cette nouvelle génération d’investissements miniers.
En juin 2026, l’entreprise a publié les résultats de son étude de préfaisabilité. Celle-ci prévoit une production moyenne d’environ 200 000 onces d’or par an sur une durée d’exploitation estimée à 10,3 ans.
Le projet dispose d’une réserve minière estimée à 1,91 million d’onces. Après cette première étude, Turaco Gold a engagé les travaux nécessaires à une étude de faisabilité définitive, avec un objectif de finalisation au deuxième trimestre 2027.
La société poursuit également les travaux d’ingénierie, les études environnementales, les démarches réglementaires et les activités d’exploration.
Afema représente ainsi un investissement supplémentaire susceptible de renforcer la production nationale, même si sa mise en exploitation dépendra encore des prochaines étapes techniques, administratives et financières.
Turaco Gold Limited+1
Les banques locales prennent une place croissante dans le financement minier
L’un des enseignements majeurs du financement de Doropo réside dans la participation collective des établissements bancaires implantés en Côte d’Ivoire.
Pendant longtemps, les grands projets miniers africains ont principalement dépendu des financements de groupes internationaux, des institutions financières de développement et des investisseurs spécialisés. La mobilisation de 148 milliards FCFA par sept banques présentes sur le marché ivoirien montre toutefois que cette configuration peut évoluer.
Pour ces établissements, le financement des infrastructures minières représente une opportunité commerciale importante. Les prêts accordés peuvent générer des revenus à travers les intérêts, tout en renforçant leur expérience dans l’accompagnement des investissements industriels de grande envergure.
Le financement syndiqué présente également un avantage : plusieurs banques peuvent partager le risque d’un même projet plutôt que de supporter individuellement l’intégralité de l’engagement financier.
Il convient néanmoins de faire une distinction importante entre la présence d’une banque en Côte d’Ivoire et l’origine nationale de ses capitaux. Une banque implantée dans le pays peut appartenir à un groupe panafricain ou international. Le financement local ne signifie donc pas automatiquement que l’ensemble des ressources mobilisées provient d’investisseurs ivoiriens.
L’exemple d’Ecobank Côte d’Ivoire dans le financement de la mine de Lafigué illustre cette réalité. La participation d’un établissement bancaire local peut contribuer à l’économie nationale, même lorsque son actionnariat est principalement international.
Pourquoi les capitaux locaux sont-ils stratégiques pour le secteur aurifère ?
L’implication des banques dans le financement des mines ne représente pas seulement une source supplémentaire de financement pour les compagnies minières. Elle peut également contribuer à renforcer les liens entre l’industrie extractive et le système économique national.
En participant au financement des projets, les établissements bancaires peuvent bénéficier de plusieurs retombées :
- Des revenus financiers : les crédits accordés génèrent des intérêts et des commissions.
- Un renforcement de leur expertise : le financement minier leur permet de développer des compétences dans l’accompagnement des grands investissements industriels.
- Une diversification des activités : les opérations minières constituent de nouvelles opportunités pour les banques.
- Un développement des entreprises locales : les projets financés peuvent stimuler les besoins en sous-traitance, en transport, en logistique et en services spécialisés.
Les retombées économiques ne se limitent cependant pas aux institutions financières. Les mines peuvent également contribuer aux recettes fiscales de l’État, aux exportations, à la création d’emplois et au développement des infrastructures.
Toutefois, ces bénéfices ne sont pas automatiques. Leur ampleur dépend notamment du niveau de recrutement national, de la participation des entreprises locales aux marchés miniers et de la redistribution des revenus générés par l’exploitation.
Les investisseurs institutionnels : un potentiel encore à exploiter
Si les banques occupent actuellement une place importante dans les financements identifiés, d’autres catégories d’investisseurs pourraient également contribuer au développement de l’industrie aurifère ivoirienne.
Les compagnies d’assurance, les fonds de pension, les investisseurs privés nationaux et les institutions financières spécialisées représentent autant de sources potentielles de capitaux.
Leur participation pourrait permettre de diversifier les mécanismes de financement et de réduire la dépendance des compagnies minières aux ressources provenant exclusivement de l’étranger.
Cependant, les investissements miniers nécessitent des engagements financiers importants, une bonne maîtrise des risques et une capacité à immobiliser des ressources sur plusieurs années. La participation de ces acteurs dépendra donc de leur appétit pour le risque, des garanties disponibles et des perspectives de rentabilité des projets.
À terme, une meilleure implication de ces investisseurs pourrait favoriser l’émergence d’un écosystème financier davantage connecté aux ressources naturelles du pays.
Côte d’Ivoire : l’ambition des 100 tonnes d’or à l’horizon 2035
Avec Doropo, Koné, Assafou, Boundiali et Afema, la Côte d’Ivoire dispose d’un portefeuille de projets susceptible de transformer durablement son industrie aurifère.
La mobilisation de 148 milliards FCFA par sept banques pour Doropo constitue un signal encourageant. Elle montre que les établissements financiers implantés dans le pays peuvent contribuer significativement à la réalisation d’investissements miniers de dimension internationale.
Néanmoins, le véritable enjeu sera de transformer cette dynamique financière en retombées économiques durables pour le pays et ses populations.
La progression de la production, l’amélioration des infrastructures, le développement des compétences locales, la participation des entreprises nationales et une meilleure mobilisation des capitaux régionaux seront déterminants.
L’objectif de 100 tonnes d’or par an en 2035 représente donc bien plus qu’une ambition de production. Il traduit la volonté de la Côte d’Ivoire de renforcer son positionnement dans l’industrie aurifère africaine et de tirer davantage de valeur économique de ses ressources naturelles.
Les prochaines années permettront de mesurer si cette nouvelle génération de mines fera également émerger une nouvelle génération de financements, dans laquelle les banques et les investisseurs africains occuperont une place de plus en plus importante.



