Chirurgien gynécologue à Bukavu, ce médecin a dédié sa vie à soigner les victimes de violences sexuelles et à briser le silence.
Un fils de pasteur appelé à soigner
Denis Mukengere Mukwege naît en 1955 à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Il est fils d’un pasteur pentecôtiste.
Enfant, en accompagnant son père auprès des malades, il comprend que les prières ne suffisent pas et décide de devenir médecin pour soulager les souffrances.
Après des études en biochimie puis un passage par l’université de Kinshasa, il trouve sa voie en s’inscrivant à la faculté de médecine du Burundi.
La découverte d’un fléau silencieux
Denis Mukwege se spécialise dans la gynécologie et la réparation des fistules, ces lésions liées à des accouchements mal pris en charge.
Ces blessures, longtemps tues par honte, entraînent incontinence, infections et rejet social pour les femmes qui en souffrent.
Son engagement sur ce sujet difficile fera l’objet de sa thèse, soutenue à l’université libre de Bruxelles.
L’hôpital Panzi, refuge des victimes
En 1999, Denis Mukwege fonde l’hôpital Panzi à Bukavu, dans une région du Sud-Kivu ravagée par les conflits armés et l’exploitation des minerais.
Là, des groupes armés utilisent le viol comme arme de guerre pour terroriser les populations et les chasser de territoires riches en ressources.
Au fil des décennies de conflit, l’hôpital Panzi prend en charge des dizaines de milliers de femmes victimes de violences sexuelles d’une cruauté inouïe.
Un combat pour la dignité
Surnommé « l’homme qui répare les femmes », Denis Mukwege ne se contente pas d’opérer : il a créé un modèle de prise en charge globale des victimes.
Cette approche associe soins médicaux, soutien psychologique, accompagnement juridique et réinsertion économique pour restaurer la dignité des survivantes.
Il découvre, dit-il, la force immense de ces femmes, qu’il considère comme les véritables piliers de la société congolaise.

Le prix Nobel de la paix 2018
En 2018, Denis Mukwege reçoit le prix Nobel de la paix, conjointement avec l’Irakienne Nadia Murad, rescapée des violences de Daech.
Le comité salue leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles comme arme de guerre, un message d’une portée universelle.
C’est la première fois que le jury Nobel associe une représentante des victimes et un médecin qui les soigne, un symbole fort.
Une voix qui dérange et qui porte
Son combat l’a conduit à devenir l’un des principaux détracteurs de certains dirigeants congolais, au péril de sa propre vie.
Avec Nadia Murad, il a fait adopter aux Nations unies le « Global Survivors Fund », destiné à octroyer des réparations aux victimes lorsque les États y manquent.
En 2021, il publie « La force des femmes », un livre où il retrace le combat de toute une vie en faveur de l’égalité et de la justice.
Un défenseur infatigable des droits humains
À 70 ans passés, Denis Mukwege poursuit inlassablement sa mission, plaidant pour la fin de l’impunité et l’évolution du droit international pénal.
Il rappelle que la situation en République démocratique du Congo demeure dramatique, liée à la convoitise des ressources minières.
Docteur honoris causa de plusieurs universités, il est reçu et honoré dans le monde entier pour son courage exceptionnel.

Un modèle de prise en charge reconnu
L’hôpital Panzi, fondé par Denis Mukwege, est devenu une référence mondiale dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles.
Son approche holistique inspire des programmes similaires dans d’autres pays touchés par les conflits et les violences faites aux femmes.
Le médecin forme aussi de nombreux praticiens, diffusant son savoir-faire bien au-delà des frontières congolaises.
Un courage salué dans le monde entier
Le combat de Denis Mukwege lui a valu de nombreuses distinctions internationales bien avant le Nobel, dont des prix des droits humains.
Reçu par des institutions et des chefs d’État, il porte inlassablement la voix des victimes sur toutes les tribunes mondiales.
Son courage, face aux menaces qui pèsent sur sa vie, force le respect et l’admiration au-delà des frontières.
Il rappelle que défendre la dignité humaine peut exiger un engagement total et parfois périlleux.
Une conscience pour le continent
Denis Mukwege n’est pas seulement un médecin : il est devenu une conscience morale pour la République démocratique du Congo et l’Afrique.
Il dénonce sans relâche les liens entre l’exploitation des ressources naturelles et les violences qui frappent les populations.
Sa parole, courageuse et lucide, porte un message d’espoir et d’exigence pour l’avenir du continent.
Une lumière pour l’Afrique francophone
Pour les peuples du Togo, du Sénégal, du Mali et de toute l’Afrique francophone, Denis Mukwege incarne l’engagement désintéressé au service de l’humanité.
Son exemple rappelle qu’un seul homme, par sa détermination, peut faire entendre la voix des plus vulnérables sur la scène internationale.
Médecin, défenseur des droits humains et pasteur, il demeure une figure morale majeure du continent et du monde.