Une simple formule de politesse aura suffi à déclencher un vif débat au Nigeria. Tony Elumelu s’est retrouvé au cœur des discussions sur les réseaux sociaux après avoir repris une jeune diplômée qui l’avait appelé directement par son prénom, « Tony », lors d’un événement organisé par United Bank for Africa (UBA).
La scène, filmée et largement relayée sur X, Instagram et d’autres plateformes, oppose désormais deux visions : ceux qui estiment que la jeune femme a manqué de respect au milliardaire nigérian et ceux qui considèrent que s’adresser à une personne par son prénom est parfaitement normal dans un environnement professionnel moderne.
« Good morning, Tony » : la phrase qui fait réagir
L’incident s’est produit lors d’une cérémonie liée au Graduate Management Accelerated Programme (GMAP) de UBA, organisée jeudi 20 août 2026. Selon Sahara Reporters, l’événement célébrait 374 jeunes professionnels ayant terminé le programme de formation de la banque.
Au moment de prendre la parole pour poser une question à Tony Elumelu, une jeune participante commence simplement par :
« Good morning, Tony », soit « Bonjour Tony ».
Le dirigeant semble d’abord surpris et lui répond comme s’il avait mal compris son prénom. La jeune femme répète alors clairement qu’elle venait bien de dire « Good morning, Tony ».
C’est à ce moment que Tony Elumelu décide de la reprendre.
Il lui fait comprendre qu’elle ne doit pas l’appeler simplement « Tony » et lui indique plusieurs appellations qu’il juge plus appropriées : « Mr Elumelu », « T.O.E. » ou « Chairman ». Il ajoute notamment qu’il n’adhère pas à cette manière occidentale de s’appeler directement par les prénoms, utilisant l’expression « oyinbo life ».
La participante rectifie alors son adresse avant de poursuivre son intervention.
La vidéo de Tony Elumelu devient virale
La séquence n’a duré que quelques secondes, mais elle a rapidement dépassé le cadre de la cérémonie.
Sur les réseaux sociaux nigérians, les internautes se sont divisés sur l’attitude de la jeune femme mais également sur la réaction de Tony Elumelu. Punch rapporte notamment qu’un internaute a estimé que le problème ne concernait pas la fortune de l’homme d’affaires, mais plutôt les codes à respecter lorsque l’on s’adresse publiquement à une personne dans l’exercice de ses fonctions.
Pour une partie des internautes, dire « Good morning, Tony » à un responsable beaucoup plus âgé, qui plus est dans un cadre professionnel officiel, serait trop familier.
D’autres défendent au contraire la jeune femme.
Fallait-il vraiment l’appeler « Mr Elumelu » ?
C’est précisément cette question qui alimente la polémique.
Dans de nombreuses entreprises internationales, notamment en Europe et aux États-Unis, appeler ses collègues et parfois même ses dirigeants par leur prénom est devenu courant. Le prénom peut être perçu comme un moyen de réduire les barrières hiérarchiques et de favoriser une culture d’entreprise plus horizontale.
La situation est toutefois différente dans une partie de l’Afrique, où l’âge, la fonction professionnelle et le statut social influencent encore fortement les formules utilisées pour s’adresser à quelqu’un.
Leadership souligne ainsi que certains internautes ont interprété la formule de la diplômée comme un manque de respect au regard des traditions africaines, tandis que d’autres y voient simplement l’évolution des normes sociales et professionnelles.
Un ancien employé de UBA nuance la polémique
La controverse est devenue encore plus intéressante après l’intervention d’un ancien employé de UBA.
Celui-ci a expliqué que la jeune femme n’avait pas nécessairement entièrement tort, relançant ainsi le débat sur les habitudes internes des grandes entreprises et la manière dont certains dirigeants peuvent être désignés dans différents contextes.
Une archive de presse offre d’ailleurs un éclairage intéressant : un article publié bien avant cette polémique racontait que certains collaborateurs d’Elumelu l’appelaient autrefois « Tony » lors de réunions de travail, dans une atmosphère décrite comme détendue. Cela ne signifie toutefois pas que le milliardaire accepte cette familiarité dans toutes les circonstances.
Le contexte semble donc déterminant : une réunion entre collaborateurs proches n’obéit pas nécessairement aux mêmes codes qu’une prise de parole publique d’une nouvelle recrue devant le président d’un groupe bancaire.
Tony Elumelu, une figure majeure du monde des affaires africain
La réaction du public s’explique également par la stature de Tony Elumelu.
L’entrepreneur nigérian est notamment le fondateur de Heirs Holdings et de la Tony Elumelu Foundation. Il a également dirigé le conseil d’administration de UBA pendant douze ans.
La polémique intervient d’ailleurs à un moment symbolique de sa carrière : UBA avait annoncé qu’Elumelu quitterait la présidence de son conseil d’administration le 21 août 2026, après avoir atteint la durée maximale de douze ans prévue pour les administrateurs non exécutifs des banques. Emmanuel N. Nnorom a été désigné pour lui succéder.
Le programme GMAP au cours duquel la séquence virale a été enregistrée constitue par ailleurs l’un des dispositifs de UBA consacrés à la formation de jeunes professionnels africains. En avril 2026, la banque indiquait que le programme avait déjà accompagné plus de 5 000 jeunes diplômés à travers l’Afrique.
Une polémique qui dépasse finalement Tony Elumelu
Derrière l’échange entre Tony Elumelu et cette jeune femme se cache ainsi un débat beaucoup plus large : jusqu’où doivent aller les marques de respect dans l’entreprise africaine ?
Pour certains, appeler son supérieur par son prénom ne diminue en rien son autorité et correspond simplement aux nouvelles pratiques du monde du travail.
Pour d’autres, certaines limites doivent rester clairement établies, particulièrement lorsqu’il existe une forte différence d’âge ou de responsabilité entre les interlocuteurs.
La jeune diplômée, dont le nom n’était pas clairement établi dans les principales sources consultées au moment de la rédaction, est ainsi devenue malgré elle le symbole d’un véritable choc entre culture professionnelle internationale, hiérarchie et conception africaine du respect.
Et à en juger par les réactions provoquées par son simple « Good morning, Tony », le débat est loin d’être terminé.
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