Le Burkina Faso vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’industrialisation. Le 9 septembre 2026, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a officiellement inauguré à Logofourousso, dans la commune de Bobo-Dioulasso, le complexe industriel Textile des Forces du Burkina Faso (TEXFORCES-BF). Sa particularité : développer une chaîne textile locale allant de la transformation du coton burkinabè jusqu’à la fabrication de vêtements finis, notamment les uniformes des forces de défense et de sécurité.
Avec un investissement annoncé de 17 milliards de FCFA, une capacité initiale de transformation supérieure à 12 tonnes de coton-fibre par jour et des ambitions industrielles beaucoup plus importantes à moyen terme, TEXFORCES-BF est présenté par les autorités comme l’un des nouveaux symboles de la souveraineté économique et industrielle du Burkina Faso.
TEXFORCES-BF, qu’est-ce que c’est exactement ?
TEXFORCES-BF signifie Textile des Forces du Burkina Faso. Le complexe a été créé pour produire localement une partie importante des besoins en habillement des Forces de défense et de sécurité (FDS), des corps paramilitaires et des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP).
Mais l’activité de l’entreprise ne doit pas se limiter aux tenues militaires. Le complexe est également destiné à fabriquer des produits textiles pour les professionnels et les populations civiles. L’objectif affiché est donc de développer progressivement une véritable industrie textile capable de servir plusieurs catégories de clients au Burkina Faso et, à terme, au-delà des frontières nationales.
Le projet avait officiellement démarré avec la pose de sa première pierre le 27 avril 2024 à Bobo-Dioulasso. À l’époque, les autorités expliquaient déjà vouloir transformer davantage le coton burkinabè sur place plutôt que de continuer à importer des produits finis nécessaires notamment à l’habillement des forces nationales.
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Du coton burkinabè jusqu’au vêtement fini
C’est probablement l’aspect le plus stratégique de TEXFORCES-BF.
Le Burkina Faso ne veut plus seulement produire une matière première puis laisser une grande partie de sa valeur ajoutée être créée à l’étranger. Avec cette nouvelle infrastructure, l’ambition est de conserver davantage d’étapes de la chaîne de valeur textile sur le territoire national.
La logique consiste à partir de la fibre de coton, puis à effectuer localement différentes opérations de transformation avant d’aboutir au tissu et, finalement, aux vêtements confectionnés.
Le président du conseil d’administration de TEXFORCES-BF, le général de brigade Ismaël Kiswendsida Diaouari, a résumé cette logique en soulignant qu’un pays producteur de coton ne pouvait durablement accepter que la valeur ajoutée, les emplois, les compétences et les devises associés à cette ressource soient principalement générés ailleurs.
TEXFORCES-BF cherche ainsi à faire du coton non plus seulement une production agricole destinée au commerce, mais une véritable matière première industrielle.

Une capacité pouvant atteindre 6 millions de tenues par an
Les chiffres communiqués lors de l’inauguration donnent une idée de l’échelle du projet.
Selon les autorités burkinabè, TEXFORCES-BF dispose ou vise, dans sa configuration actuelle, une capacité annuelle pouvant atteindre 20 millions de mètres de tissus tissés, environ 6 millions d’unités ou mètres de maille issus du tricotage et jusqu’à 20 millions de mètres pour les opérations de finition et de teinture.
En matière de confection, les capacités annoncées atteignent environ 6 millions de tenues par an, auxquelles pourraient s’ajouter quelque 6 millions de tee-shirts et 1 million de paires de chaussettes.
Le complexe dispose également d’activités de tricotage destinées notamment à fabriquer des cols, poignets et d’autres composants nécessaires aux produits finis.
Il ne s’agit donc pas simplement d’un atelier de couture chargé d’assembler des uniformes. Le projet repose sur une intégration beaucoup plus large de la chaîne textile.
?? BURKINA FASO: INAUGURATION OF THE TEXFORCES-BF INDUSTRIAL COMPLEX.
Today is a great day for Burkina Faso, which is officially entering a New Era, an Era of Industrialization.
President Ibrahim Traore inaugurated TEXFORCES-BF, the Textile Industrial Complex of the Forces of… pic.twitter.com/O7J1OC6rLJ
— Dylonn Burkindi ?? (@Burkindi_) September 9, 2026
17 milliards de FCFA investis dans le complexe TEXFORCES-BF
Selon le ministère burkinabè de l’Économie et des Finances, l’investissement consacré à TEXFORCES-BF atteint 17 milliards de francs CFA.
Le ministère indique par ailleurs que le complexe peut actuellement transformer plus de 12 tonnes de coton-fibre par jour.
Le financement du projet constitue également un élément important de la stratégie retenue. Les autorités affirment avoir notamment mobilisé des ressources détenues par des caisses de prévoyance sociale, des sociétés d’État et d’autres structures publiques afin de les réorienter vers des investissements productifs.
Des ressources financières auparavant placées sous différentes formes, notamment des dépôts à terme, ont ainsi été mobilisées pour soutenir l’économie réelle et l’industrialisation nationale, selon le ministère des Finances.
TEXFORCES-BF apparaît donc également comme une expérimentation de mobilisation de capitaux nationaux au service de projets industriels.
600 emplois directs et 15 000 emplois indirects annoncés
L’impact attendu ne concerne pas uniquement la production de textiles.
Pour sa phase actuelle, TEXFORCES-BF est associé à la création annoncée de 600 emplois directs et 15 000 emplois indirects.
À travers les producteurs de coton, le transport, la logistique, la maintenance industrielle, la confection, les fournisseurs, la distribution ou encore les services annexes, une usine textile intégrée peut en effet alimenter un écosystème économique beaucoup plus large que ses seuls salariés.
L’implantation à Bobo-Dioulasso, l’un des grands centres économiques du Burkina Faso et au cœur d’une importante zone cotonnière, prend dans ce contexte une dimension particulière.
Des ambitions beaucoup plus grandes à long terme
Les capacités annoncées aujourd’hui ne constituent toutefois qu’une première étape.
À terme, les promoteurs de TEXFORCES-BF veulent porter la transformation annuelle à 50 000 tonnes de coton. L’objectif affiché est également d’atteindre 100 millions de mètres de tissus tissés par an et de dépasser 20 millions de pièces confectionnées annuellement.
L’ambition en matière d’emploi est tout aussi importante : les projections gouvernementales évoquent à terme 20 000 emplois directs et jusqu’à 60 000 emplois et moyens d’existence soutenus dans l’écosystème cotonnier et textile.
Ces chiffres représentent des objectifs à long terme et non le niveau actuel de production ou d’emploi du complexe.
D’abord les FDS et les VDP, mais pas seulement
Le nom TEXFORCES-BF pourrait laisser penser que toute la production est réservée à l’armée. Ce n’est pas le cas.
Les Forces de défense et de sécurité ainsi que les VDP constituent naturellement un débouché stratégique et relativement prévisible pour l’usine. Mais TEXFORCES-BF entend également satisfaire des besoins paramilitaires, professionnels et civils.
Cette diversification sera déterminante pour atteindre les niveaux de production annoncés.
Le complexe nourrit par ailleurs des ambitions régionales. Selon la présidence burkinabè, sa stratégie prévoit une conquête progressive du marché national, sous-régional puis international.
Cela signifie qu’à plus long terme, les vêtements et tissus produits à Bobo-Dioulasso pourraient être proposés à d’autres marchés d’Afrique de l’Ouest et au-delà.
Pourquoi TEXFORCES-BF est stratégique pour le Burkina Faso
Derrière la fabrication d’uniformes se joue une question économique plus vaste : celle de la transformation locale des matières premières africaines.
Exporter du coton brut permet de générer des recettes. Le transformer en fil, puis en tissu et enfin en vêtement permet cependant de multiplier les étapes durant lesquelles de la valeur économique peut être créée localement.
Cette transformation peut favoriser l’emploi industriel, le développement de compétences techniques, l’émergence de fournisseurs locaux et la réduction de certaines importations.
Le gouvernement burkinabè présente précisément TEXFORCES-BF comme un moyen de réduire la dépendance aux importations de produits textiles finis, de diminuer les sorties de devises et de conserver une part plus importante de la richesse créée par la filière coton dans l’économie nationale.
Une nouvelle pièce dans la stratégie industrielle du Burkina Faso
TEXFORCES-BF s’inscrit ainsi dans une orientation plus large défendue par les autorités burkinabè : transformer davantage les ressources produites dans le pays.
Lors de l’inauguration, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, a présenté le complexe comme une nouvelle capacité nationale permettant au Burkina Faso de produire et de transformer lui-même des biens considérés comme stratégiques.
L’enjeu dépasse donc la seule fabrication d’un uniforme militaire.
Il s’agit de démontrer qu’une matière première cultivée au Burkina Faso peut suivre une chaîne industrielle beaucoup plus complète sur le territoire burkinabè, depuis la fibre jusqu’au produit prêt à être porté.
Le véritable défi commence après l’inauguration
L’inauguration du complexe constitue une étape importante, mais les performances de TEXFORCES-BF devront désormais être évaluées sur la durée.
Pour transformer l’investissement en réussite industrielle, l’entreprise devra notamment maintenir des taux d’utilisation élevés de ses équipements, assurer la qualité et la compétitivité de ses produits, maîtriser ses coûts, sécuriser ses approvisionnements en coton et trouver suffisamment de débouchés en dehors des seules commandes institutionnelles.
La montée vers 50 000 tonnes de coton transformées par an, 100 millions de mètres de tissus et plus de 20 millions de pièces nécessitera également une expansion considérable par rapport aux capacités initiales annoncées.
L’objectif est ambitieux. Mais si cette montée en puissance se concrétise, TEXFORCES-BF pourrait devenir l’un des principaux instruments de transformation locale du coton au Burkina Faso et un exemple supplémentaire du potentiel d’industrialisation des matières premières en Afrique de l’Ouest.
TEXFORCES-BF : du coton burkinabè à la souveraineté textile
Avec TEXFORCES-BF, le Burkina Faso veut donc accomplir un changement de logique : produire le coton, le transformer et fabriquer localement le produit final.
Inauguré le 9 septembre 2026 à Bobo-Dioulasso, le complexe associe aujourd’hui production d’uniformes, textile civil, création d’emplois et stratégie de substitution aux importations. Son investissement de 17 milliards de FCFA, ses capacités annoncées de plusieurs millions de vêtements et ses projets d’expansion témoignent de l’ampleur des ambitions.
Le passage « de la matière première à l’uniforme » résume finalement toute la philosophie de TEXFORCES-BF : faire en sorte qu’une part croissante de la valeur créée par le coton burkinabè reste au Burkina Faso.
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