La traite des enfants demeure une préoccupation majeure en Afrique de l’Ouest. Entre 2019 et 2024, le nombre d’enfants victimes de ce phénomène a augmenté de 31 %, selon les données attribuées à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Face à cette progression, l’Agence française de développement (AFD) a lancé le projet PROTECT à Lomé, au Togo, afin de renforcer la prévention, la protection des victimes et la lutte judiciaire contre les réseaux de trafiquants.
Cette initiative régionale concerne huit pays du golfe de Guinée. Elle entend améliorer les capacités des services compétents, renforcer la coopération entre les États et mieux accompagner les personnes victimes d’exploitation, notamment les femmes et les enfants.
Traite des enfants en Afrique de l’Ouest : une situation préoccupante
La hausse de 31 % du nombre d’enfants victimes de traite entre 2019 et 2024 met en évidence l’ampleur du défi auquel les pays d’Afrique de l’Ouest sont confrontés.
La traite des êtres humains consiste notamment à recruter, transporter, transférer, héberger ou accueillir des personnes à des fins d’exploitation, dans les conditions définies par les textes applicables. Elle peut prendre différentes formes : travail forcé, exploitation sexuelle, servitude domestique, mendicité forcée ou exploitation d’enfants dans des activités criminelles.
Les mineurs sont particulièrement exposés en raison de leur dépendance envers les adultes et de leur capacité limitée à se protéger contre les personnes qui cherchent à les exploiter. La pauvreté, les ruptures familiales, les déplacements de population et l’accès insuffisant à l’éducation ou à des moyens de subsistance peuvent accroître leur vulnérabilité.
L’Afrique de l’Ouest figure parmi les régions importantes d’origine des victimes de traite à l’échelle mondiale. Le phénomène ne se limite toutefois pas aux déplacements internationaux : des personnes peuvent également être exploitées à l’intérieur de leur propre pays.
Il est donc nécessaire de développer des réponses qui tiennent compte des réalités locales tout en renforçant la coopération entre les pays concernés.
Des statistiques qui ne révèlent pas toute l’ampleur du phénomène
Malgré les chiffres disponibles, la traite des êtres humains reste difficile à mesurer avec précision.
De nombreuses victimes ne sont jamais identifiées par les autorités. Certaines n’osent pas signaler les abus qu’elles subissent, par peur des représailles, par dépendance envers leurs exploiteurs ou parce qu’elles ne connaissent pas les dispositifs d’aide existants.
D’autres situations ne sont pas enregistrées en raison de difficultés dans la collecte et le partage des informations entre les services sociaux, les forces de sécurité et les institutions judiciaires.
Cette insuffisance des données complique la mise en place de politiques publiques adaptées. Sans informations suffisamment fiables, les autorités ont du mal à déterminer les zones les plus touchées, à identifier les formes d’exploitation les plus fréquentes et à répartir efficacement les ressources.
C’est l’un des enjeux mis en avant par Matthieu Genin, responsable des projets de gouvernance à la direction régionale Golfe de Guinée de l’AFD. La disponibilité de données solides est essentielle pour mieux comprendre le phénomène et organiser des réponses adaptées.
L’amélioration des statistiques constitue ainsi un axe important du projet PROTECT.
PROTECT : huit pays mobilisés contre la traite des êtres humains
Lancé à Lomé le 4 novembre 2026, le projet PROTECT vise à renforcer la lutte contre la traite des personnes grâce à une approche coordonnée entre plusieurs États.
Les huit pays concernés sont :
- le Bénin ;
- la Côte d’Ivoire ;
- le Ghana ;
- la Guinée ;
- le Liberia ;
- le Nigeria ;
- la Sierra Leone ;
- le Togo.
Financé par l’Agence française de développement à hauteur de 8 millions d’euros et mis en œuvre par Expertise France, le programme doit se poursuivre jusqu’en octobre 2029.
Son ambition est de renforcer les compétences des institutions nationales, d’améliorer les mécanismes de protection des victimes et de faciliter la coopération entre les pays partenaires.
La dimension régionale est particulièrement importante, car les réseaux de traite peuvent exploiter les frontières et les différences entre les dispositifs juridiques nationaux pour poursuivre leurs activités. Une réponse isolée risque donc de ne pas suffire à identifier les responsables et à protéger les victimes.
PROTECT entend encourager le partage d’expériences et de compétences afin que les États puissent mieux coordonner leurs interventions.
Cinq priorités pour rendre la lutte plus efficace
Le projet PROTECT s’appuie sur plusieurs axes complémentaires destinés à améliorer la prévention, les enquêtes et la prise en charge des victimes.
- Renforcer les capacités des services concernés
Les professionnels chargés de lutter contre la traite doivent disposer de compétences et de moyens adaptés. Le projet prévoit donc de renforcer les capacités des acteurs institutionnels impliqués dans la prévention, l’identification des victimes et le traitement des dossiers.
La formation doit permettre aux services concernés de mieux reconnaître les situations d’exploitation, d’appliquer les procédures appropriées et de travailler plus efficacement ensemble.
- Améliorer les enquêtes et les poursuites judiciaires
La lutte contre les réseaux de traite nécessite une chaîne pénale capable de traiter les affaires depuis le signalement jusqu’aux poursuites et aux décisions de justice.
PROTECT prévoit de soutenir les acteurs concernés afin d’améliorer les enquêtes, la coordination entre les services d’investigation et les autorités judiciaires, ainsi que l’application des textes en vigueur.
L’objectif est de faciliter l’identification des auteurs présumés et de renforcer la réponse judiciaire, dans le respect des droits fondamentaux et des garanties procédurales.
- Mieux protéger les victimes
Les personnes victimes de traite ont souvent besoin d’une aide urgente et adaptée à leur situation. Elles peuvent nécessiter une mise à l’abri, un accompagnement psychologique, une assistance sociale, des soins ou un soutien juridique.
Le projet vise à améliorer les dispositifs permettant de repérer les victimes, de les protéger et de les orienter vers les services appropriés.
Une attention particulière doit être accordée aux enfants, aux femmes et aux filles, dont les besoins peuvent différer selon les formes d’exploitation subies et les conséquences sur leur vie.
- Développer la coopération transfrontalière
Les réseaux de traite peuvent agir dans plusieurs pays et déplacer leurs victimes d’un territoire à un autre. La coopération internationale est donc essentielle pour partager les informations utiles, coordonner les investigations et éviter que les auteurs présumés échappent aux poursuites en franchissant une frontière.
PROTECT entend renforcer les échanges entre les pays partenaires et favoriser des mécanismes de collaboration plus efficaces.
Cette approche régionale doit permettre de mieux répondre à un phénomène qui dépasse les capacités d’action d’un seul État.
- Améliorer la collecte et l’analyse des données
Le projet prévoit également de renforcer les systèmes de collecte, de gestion et d’analyse des données relatives à la traite.
De meilleures statistiques peuvent aider les autorités à identifier les tendances, à mesurer les besoins et à évaluer les résultats des actions entreprises.
Pour être utiles, ces informations doivent cependant être recueillies selon des méthodes fiables et être protégées contre les utilisations abusives. Les données concernant les victimes, en particulier les enfants, doivent faire l’objet d’une attention particulière en matière de confidentialité.
La réinsertion des victimes, un enjeu essentiel
La protection ne doit pas s’arrêter lorsque les victimes sont libérées de leurs exploiteurs. Leur retour à une vie stable peut nécessiter un accompagnement de longue durée.
Certaines personnes doivent retrouver un environnement familial sûr, reprendre leur scolarité ou accéder à une formation professionnelle. D’autres ont besoin d’un suivi psychologique, d’une assistance juridique ou d’un soutien pour accéder à un emploi et reconstruire leur autonomie.
Sans accompagnement adapté, les victimes risquent de se retrouver à nouveau dans des situations de vulnérabilité susceptibles de favoriser une nouvelle exploitation.
Le projet PROTECT prévoit donc un volet consacré à la réinsertion, en tenant compte des réalités de chaque pays et des besoins spécifiques des femmes et des filles.
Cette approche vise à favoriser une prise en charge qui ne se limite pas à l’urgence, mais qui contribue également à la reconstruction personnelle et sociale des victimes.
Le rôle du Togo dans cette initiative régionale
L’organisation du lancement du projet à Lomé souligne la participation du Togo à cette dynamique de coopération régionale.
Le pays fait partie des huit États concernés et doit travailler avec les autres partenaires pour renforcer ses mécanismes de prévention, d’identification et de prise en charge des victimes.
Les représentants des pays réunis dans la capitale togolaise sont appelés à examiner les modalités de mise en œuvre du programme, à partager leurs expériences et à définir des actions adaptées aux besoins identifiés.
Pour le Togo, comme pour les autres États partenaires, l’enjeu est de consolider les dispositifs existants tout en améliorant la coordination entre les institutions publiques, les services de sécurité, les acteurs judiciaires et les structures de protection sociale.
La réussite de cette démarche dépendra notamment de la continuité des actions, de la disponibilité des moyens et de la capacité des acteurs nationaux à traduire les engagements régionaux en résultats concrets sur le terrain.
PROTECT veut renforcer la protection des enfants en Afrique de l’Ouest
L’augmentation de 31 % du nombre d’enfants victimes de traite entre 2019 et 2024, selon les chiffres rapportés, souligne l’urgence de renforcer la lutte contre l’exploitation humaine en Afrique de l’Ouest.
Avec le lancement du projet PROTECT à Lomé, l’AFD et Expertise France soutiennent une initiative régionale qui rassemble huit pays autour d’objectifs communs : améliorer les compétences des services concernés, renforcer les poursuites judiciaires, protéger les victimes, développer la coopération transfrontalière et produire des données plus fiables.
L’accompagnement des victimes après leur libération constitue également un élément essentiel de cette stratégie, particulièrement pour les femmes, les filles et les enfants.
Les effets du programme dépendront désormais de sa mise en œuvre, de la mobilisation durable des États et de la coordination entre les acteurs. Au-delà des engagements annoncés, le principal défi sera de transformer cette coopération en une protection plus efficace des personnes exposées à la traite.



